Barbouiller (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XIV e siècle. Probablement issu de barboter, sous l'influence de bouillir, ou de brouiller, souiller.
1. Couvrir d'un enduit de couleur appliqué grossièrement. Barbouiller de peinture un plafond, une porte.
2. Salir, souiller, tacher. Barbouiller d'encre un livre, un cahier. Se de craie, de peinture, de confiture. Un visage barbouillé de suie. Fam. Barbouiller du papier, écrire beaucoup, faire des écritures et, fig., écrire des textes dépourvus d'intérêt. Expr. Se de grec et de latin, en acquérir une connaissance rapide et confuse.
3. Peindre grossièrement et sans talent. Barbouiller un coucher de soleil. Absolt. Il ne peint pas, il barbouille.
4. Spécialt. Fam. Barbouiller le cœur, l'estomac, donner des nausées. Toutes ces sucreries vont lui l'estomac. Avoir le cœur, l'estomac barbouillé. Ellipt. Se sentir barbouillé.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Couvrir d'un enduit de couleur fait grossièrement à la brosse. "Barbouiller un plafond, une porte."
Il signifie aussi Salir, souiller, tacher. "Il lui a barbouillé le visage. On l'a tout barbouillé d'encre. Se les mains. Cet écolier barbouille tous ses cahiers, tous ses livres. Barbouiller une muraille, une porte avec de la boue. Se de lie, de suie."
Fig. et fam., "Le temps se barbouille," Le temps commence à se charger de nuages.
Il signifie encore, absolument et par exagération, Écrire d'une manière indéchiffrable ou Peindre mal, sans art, sans goût. "Il n'écrit pas, il ne peint pas, il barbouille."
Fig. et fam., "Barbouiller du papier," Écrire, faire des écritures. Cela ne se dit que par dénigrement. "Il a fallu bien du papier pour ce procès." Il se dit aussi, en mauvaise part, d'un Auteur, d'un écrivain. "Cet homme, cet auteur a barbouillé bien du papier dans sa vie et n'a jamais écrit une bonne page."
Il signifie aussi Couvrir d'un enduit de couleur fait grossièrement à la brosse. "Barbouiller un plafond, une porte."
Il signifie figurément et familièrement Prononcer mal, d'une manière peu distincte. "Barbouiller un discours, un compliment." Absolument, "Cet homme barbouille, on ne l'entend pas."
Il signifie également, au sens moral, Exprimer ses idées d'une manière confuse, embrouillée. "Qu'est-ce qu'il barbouille?" Absolument, "Il a barbouillé tout le long de son discours."
"Barbouiller un récit," L'embrouiller. "Je ne sais comment il a barbouillé cette histoire; mais je n'y ai pas compris un mot."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Salir, souiller. Barbouiller d'encre une page. Il se barbouilla le front avec des mûres. Tous les vers dont il aura barbouillé le papier.

 2   Étendre grossièrement une couleur avec une brosse. Barbouiller de noir le devant d'une boutique.
    Absolument, peindre grossièrement.
J. J. ROUSS.: « Il a longtemps sans rien faire de reconnaissable »
J. J. ROUSS.: « En étudiant ils s'habituent à »
BALZ.: « Je ne veux plus peindre ; mais je veux encore moins »
    Fig. Barbouiller le cerveau, troubler la tête.
RÉGNIER: « [Gens qui] .... de lièvres cornus le cerveau nous barbouillent »
HAUTEROCHE: « Où diable a-t-il donc pris ce vilain mal [l'hypochondrie] ? - On dit Que tous les voyageurs se barbouillent l'esprit »

 3   Faire beaucoup d'écritures inutiles.
SÉV.: « Je ne barbouille que de misérables narrations »
VOLT.: « Je me reproche fort d'avoir barbouillé deux tomes pour un seul homme, quand cet homme n'est pas vous »
    Absolument. Cet auteur ne fait que .
    Écrire mal. Je ne puis lire son écriture, il barbouille.

 4   Compromettre.
SAINT-SIMON: « Le roi le voulut voir ; le père de Chavigny en fut surpris, car le jansénisme l'avait fort barbouillé avec lui »
DANCOURT: « Je la connais ; elle se croit offensée, et elle est femme à vous terriblement dans le monde »

 5   Parler, exprimer d'une manière confuse. Il nous barbouilla je ne sais quelle excuse.

 6   V. n. Prononcer d'une manière vicieuse ou peu distincte. Il ne peut pas dire quatre mots sans .

 7   Se , v. réfl. Se de confiture, de crème.
    Fig. Se de grec et de latin, en surcharger confusément sa mémoire.
MOL.: « Pour avoir employé neuf à dix mille veilles à se bien de grec et de latin »
    Fig. Cet homme s'est bien barbouillé, il a gravement compromis sa considération.
MOL.: « Dans le monde, à vrai dire, il se barbouille fort »

HISTORIQUE
    XVIème siècle
CALV.: « Cet argument seroit desja assez amplement deduit, n'estoit que les papistes nous barbouillent mettans en avant le concile de Nicene »
MAROT: « Mais comme en l'eau elle [la grenouille] barbouille, Si fais-tu en l'art poëtique »
AMYOT: « Si furent seize conjurez en tout, qui une nuict se ent le visage de suye »
AMYOT: « Comme qui diroit les barbouillez de suye »

ÉTYMOLOGIE
    Espagn. barbullar ; ital. barbugliare. De bar péjoratif (voy. BAR....), et l'ancien mot bouille, bourbier. Icelles femmes prindrent le cors du dit Vale et le porterent en ung boullon ou bourbier qui est en un boys près la dite maison, DU CANGE, bulio. Bouille est le latin bulla, bulle de l'eau bouillante, et de là, l'eau d'un bourbier. Le portugais bolha prouve que les deux ll du latin ont pu se mouiller.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    BARBOUILLER. - HIST. Ajoutez : XIVème siècle
VARIN: « R. Berbouillé, couturiers de robe (1351) »
    XVIème siècle Ajoutez :
MONT.: « Si tout le papier que j'ay autresfois barbouillé pour les dames.... »
MONT.: « Toute cette fricassée que je barbouille ici n'est qu'un registre des essais de ma vie »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Salir, souiller, tacher. "Il lui a barbouillé le visage. On l'a tout barbouillé d'encre. Se les mains. Cet écolier barbouille tous ses cahiers, tous ses livres. Barbouiller une muraille, une porte avec de la boue."
Il s'emploie quelquefois avec le pronom personnel, dans le sens de Se le visage. "Se de lie, de suie, etc."
Fig. et fam., "Cet homme s'est bien barbouillé," Il a fait beaucoup de tort à sa réputation. "Il s'est bien barbouillé dans le monde, dans sa compagnie."
Fig. et fam., "Barbouiller du papier," Écrire, faire des écritures. Cela ne se dit que par dénigrement. "Il a fallu bien du papier pour ce procès." Il se dit aussi, en mauvaise part, D'un auteur, d'un écrivain. "Cet homme, cet auteur a barbouillé bien du papier dans sa vie, et n'a jamais écrit une bonne page."
Fam., "Le temps se barbouille," Le temps commence à se charger de nuages.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Peindre grossièrement de quelque couleur, avec une brosse. "Barbouiller de noir un jeu de paume. Barbouiller un plancher, un plafond. Barbouiller des portes."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, absolument et par exagération, Écrire d'une manière indéchiffrable, ou Peindre mal, sans art, sans goût. "Il n'écrit pas, il ne peint pas, il barbouille."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, figurément et familièrement, Prononcer mal, d'une manière peu distincte. "Barbouiller un discours, un compliment." Absol., "Cet homme barbouille, on ne l'entend pas."
Il signifie également, au sens moral, Parler, exprimer ses idées d'une manière confuse, embrouillée, sans ordre. "Qu'est-ce qu'il barbouille?" Absol., "Il a barbouillé tout le long de son discours."
"Barbouiller un récit," L'embrouiller. "Je ne sais comment il a barbouillé ce récit, cette histoire; mais je n'y ai pas compris un mot."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Salir, gâter. "Il lui a barbouillé le visage Se les mains. Il est tout barbouillé d'encre".



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Barbouiller, signifie aussi, Peindre grossièrement de quelque couleur avec une brosse. "Barbouiller de noir un jeu de paume. Barbouiller un plancher. Barbouiller des portes, des fenetres".
Il se dit aussi pour, Prononcer mal, parlersans ordre. "Cet homme barbouille, on ne l'entend pas. Qu'est-ce qu'il barbouille? Il a barbouillé tout du long de son discours. Il a barbouillé sa harangue," veut dire, Il l'a mal prononcée.
On dit, "Barbouiller du papier," pour dire, Mal écrire, soit pour les caractères, soit pour la composition. "Cet homme a barbouillé bien du papier en sa vie, et n'a jamais écrit une ligne qui vaille;" et, "Barbouiller un récit," pour dire, L'embrouiller. "Je ne sais comment il a barbouillé ce récit, cette affaire".
On dit figurément, qu'"Un homme s'est bien barbouillé," pour dire, qu'Il a gâté sa réputation. "Il s'est bien barbouillé dans le monde, dans saCompagnie". Il est du style familier.



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Salir, gâter. "Il lui a barbouillé le visage. Se les mains. Il est tout barbouillé d'encre."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



signifie aussi, Peindre grossièrement de quelque couleur avec une brosse. "Barbouiller un jeu de paume de noir. Barbouiller un plancher. Barbouiller des portes, des fenêtres."
On dit, "Barbouiller du papier," pour dire, Mal écrire, soit pour les caractères, soit pour la composition. "Cet homme a barbouillé bien du papier en sa vie, & n'a jamais écrit une ligne qui vaille." Et "Barbouiller un récit," pour dire, L'embrouiller. "Je ne sais comment il a barbouillé ce récit, cette affaire."
On dit figurément, qu'"Un homme s'est bien barbouillé," pour dire, qu'Il a gâté sa réputation. "Il s'est bien barbouillé dans le monde, dans sa Compagnie." Il est du style familier.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Barbou-glié", mouillez les "ll": tout bref.] 1°. Salir, gâter. On "lui a barbouillé le" visage, "se les" mains, "être barbouillé d'"encre.
- 2°. Peindre grossièrement de quelque couleur avec une brosse; " des" portes, "des" fenêtres. On ne le dit que par mépris. On dit plus ordinairement "peindre".
- 3°. "Barbouiller du papier", beaucoup écrire, mais fort mal.
- 4°. "Barbouiller" un récit; le rendre d'une manière confuse et embrouillée.
   "Se ", au figuré, ternir sa réputation. 'Il "s'est bien barbouillé" dans le monde. "Se de" grec et "de" latin, faire un amâs confus d'érudition grecque et latine.
- "Se " se dit aussi d'un Orateur, qui manque de mémoire, d'un ivrogne qui balbutie.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Salir, noircir. "Il luy a barboüillé le visage. se barboüiller les mains. cet escrit est tout barboüillé d'encre".
"Barboüiller," signifie aussi, Peindre grossierement de quelque couleur avec une brosse, comme, "Barboüiller un jeu de paume de noir. barboüiller un plancher. barboüiller des portes, des fenestres".
On dit fig. "Barboüiller du papier," pour dire, Mal escrire, soit pour les caracteres, soit pour la composition. "Cet homme a barboüillé bien du papier, & n'a jamais escrit une ligne qui vaille".
On dit fig. qu'"Un homme s'est bien barboüillé," pour dire, qu'Il a gasté sa reputation. "Il s'est bien barboüillé dans le monde, dans sa compagnie".
"Barboüiller" sign. encore figur. Embroüiller. "Je ne sçay comment il a barbouillé cette affaire. il a barboüillé ses affaires".




Emplacement dans le dictionnaire :

barbette
barbeyer
barbiche
barbichette
barbier
barbifier
barbille
barboter
barboteuse

barbouler
barboüiller
barbu
barbue
barbule
barcarolle
barcasse
bard
bardage
barde
bardé




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...Je l'engageai donc à sentir de près des lis qui étaient charmants, et, tandis qu'elle se penchait, d'une très légère poussée derrière les cheveux, je lui mis le nez en plein dans les fleurs, pour la barbouiller de pollen jaune. Elle fut indignée ! Et le sentiment d'avoir commis un acte de mauvais goût acheva de me rendre pénible notre retour de promenade. Les belles soirées de mai ! ... j'avais pourtant...


Citation n°2 de Edmond ABOUT (La Grèce contemporaine)

...la vigne joue avec les amandiers ; les jasmins et les passiflores courent ensemble le long des murs ; la clématite allonge ses grands bras autour de la tonnelle, et les rosiers grimpants s'amusent à barbouiller de rouge les vieilles palissades. Nous avions dans notre jardin trois carrés incultes où l'on avait jeté une fois pour toutes quelques poignées de graines de toute espèce. Tout fleurissait en avril...


Citation n°3 de Edmond ABOUT (La Grèce contemporaine)

...Nous avons déjà parlé de l'école d'agriculture et de ses sept élèves. L'école polytechnique est tout simplement une école d'arts et métiers où les sculpteurs apprennent à mouler, et les peintres à barbouiller des enseignes. L'école normale forme des instituteurs primaires ; nous parlerons bientôt du savoir que les papas ont amassé au séminaire ; et les adjudants sous-officiers qui sortent de l'école des...


Citation n°4 de Alfred de MUSSET (Articles publiés dans le journal Le Temps en 1830 et 1831)

...dès qu'il pousse un cri de joie, dès qu'il allume un lampion, le j'en suis fâché sort des entrailles de la terre avec sa physionomie boudeuse et rechignée, et se met incontinent en route pour barbouiller de noir ceux qui rient, crier aux nues qu'on le moleste, et faire avorter les feux d'artifice ? Que dis-je ? N'y eût-il plus un médecin tant pis sur la terre ; quand la plus solide des chartes et le...


Citation n°5 de Victor de JOUY (L'Hermite de la Chaussée-d'Antin ou Observations sur les mœurs et les usages parisiens au commenceme)

...à sa maîtresse. Comme nous n'en sommes plus au tems où l'on tenait compte de la volonté des morts, et que je ne veux pourtant pas brûler mon journal aussi long-tems que j'en croirai pouvoir encore barbouiller quelques feuilles, je préviens le public que j'ai pris soin d'en effacer tous les noms propres, de déguiser les anecdotes, d'en inventer quelques-unes qui en contrediront d'autres, d'altérer les...


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